Vous avez déjà comparé deux placements en regardant uniquement leur pourcentage de rendement ? Un produit affiche 12 % par an, l’autre 7 %. Le choix semble évident. Le retour sur investissement, ou ROI, oriente la décision en une fraction de seconde. Le problème, c’est que ce réflexe masque presque tout ce qui compte vraiment dans un investissement.
Le ROI est un chiffre sans contexte, et c’est là que ça coince
Le ROI se calcule simplement : on soustrait le coût de l’investissement au gain obtenu, on divise par le coût, et on multiplie par 100. Le résultat est un pourcentage. Propre, lisible, rassurant.
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Prenez un rendement de 10 %. Avant impôts ou après ? Sur un an ou sur dix ans cumulés ? Avec des variations de prix de plus ou moins 50 %, ou dans un cadre stable ? Un même chiffre de ROI peut décrire des réalités financières opposées. Un placement qui affiche 10 % annuels avec une volatilité extrême n’a rien à voir avec un autre qui offre 7 % dans un couloir étroit de fluctuation.
Le ROI ne dit rien non plus sur la période mesurée. Un rendement calculé sur les cinq dernières années d’un marché haussier donne une image flatteuse. Intégrez une crise financière dans la fenêtre de calcul, et le portrait change du tout au tout.
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ROI fantôme : quand l’indicateur devient une promesse politique
IBM a décrit un phénomène qu’elle appelle le ROI fantôme. Dans les projets de transformation, notamment liés à l’intelligence artificielle ou à la digitalisation, les organisations annoncent des bénéfices attendus. Mais elles ne mettent en place ni gouvernance ni responsabilité claire pour mesurer ces résultats dans la durée.
Le ROI devient alors un argument de présentation, pas un outil de pilotage. On valide un budget avec un tableur optimiste, puis personne ne revient vérifier si les gains se sont matérialisés. Ce décalage entre la promesse et la réalité mesurée est fréquent dans les projets technologiques de grande envergure.
Dans le domaine de l’intelligence artificielle, la situation est parlante. Selon DAF Magazine, seule une petite fraction des entreprises affiche un ROI mesurable sur ses projets d’IA. Le reste navigue à l’aveugle, avec des investissements massifs et des retours difficiles à isoler. Le ROI, censé guider les décisions, n’est tout simplement pas calculable de façon robuste dans ces contextes.
Rentabilité d’un placement : ce que le ROI ne capture pas
Vous comparez deux actions. L’une a un rendement supérieur sur trois ans. L’autre a un rendement inférieur, mais elle a traversé une crise sans chuter de 40 %. Laquelle est le meilleur investissement ?
Le ROI ne répond pas à cette question. Il ignore le risque pris pour obtenir le gain. Il ignore aussi le temps pendant lequel votre capital est immobilisé. Un placement immobilier locatif peut afficher un ROI correct sur le papier, mais si la revente prend deux ans et que les frais de gestion grèvent le rendement net, la réalité est bien différente du pourcentage initial.
Voici ce que le ROI laisse systématiquement de côté :
- La volatilité du placement, c’est-à-dire l’amplitude des hausses et des baisses que vous subissez en cours de route
- L’horizon temporel : un ROI annualisé et un ROI cumulé sur dix ans ne se lisent pas de la même façon
- Les frais réels (gestion, fiscalité, inflation) qui réduisent le gain net sans apparaître dans la formule brute
- Le coût d’opportunité, soit ce que votre capital aurait pu produire ailleurs pendant la même période
Un ROI positif ne signifie pas que vous avez fait le meilleur choix possible. Il signifie seulement que vous n’avez pas perdu d’argent selon un calcul partiel.
ROE et indicateurs alternatifs : mesurer ce qui compte vraiment
Certaines entreprises commencent à compléter ou remplacer le ROI par le ROE, ou Return on Expectations. L’idée est simple : au lieu de mesurer uniquement le gain financier, on évalue si l’investissement a atteint les objectifs fixés au départ.
Un projet de formation interne, par exemple, ne génère pas de revenus directs. Son ROI est médiocre, voire négatif. Mais si l’objectif était de réduire le turnover ou d’accélérer l’intégration de nouveaux collaborateurs, le ROE peut montrer un succès net. Le ROE mesure l’atteinte des objectifs, pas seulement le ratio financier.
En marketing, la même logique s’applique. Une campagne de notoriété ne produit pas de ventes immédiates. Son ROI à court terme est faible. Mais son effet sur la fidélisation ou la perception de marque peut justifier largement l’investissement. Le ROI, pris isolément, aurait conduit à l’annuler.
Quand le ROI pousse à de mauvaises décisions
Le piège principal du ROI comme critère unique, c’est qu’il favorise le court terme. Un dirigeant qui optimise le ROI trimestre après trimestre va naturellement couper les investissements dont les effets sont longs à se manifester : recherche, formation, infrastructure.
À l’inverse, il va privilégier les actions à gain rapide, même si elles fragilisent l’entreprise à moyen terme. Optimiser le ROI à court terme peut dégrader la valeur d’une entreprise sur la durée.
C’est particulièrement visible dans le capital-investissement. Le segment du private equity montre que les meilleurs rendements ajustés au risque ne viennent pas des opérations à ROI maximal sur un an, mais de celles qui combinent croissance du chiffre d’affaires, amélioration opérationnelle et patience dans la détention.

Faut-il abandonner le ROI dans une stratégie d’investissement ?
Non. Le ROI reste un indicateur utile pour comparer rapidement deux options proches. Mais il fonctionne comme un thermomètre : il donne une mesure, pas un diagnostic.
Un investisseur ou un décideur qui s’appuie uniquement sur le ROI prend des décisions avec un seul œil ouvert. La rentabilité d’un placement, d’un projet ou d’une campagne marketing dépend de facteurs que cette formule simple ne capte pas : le risque, le temps, la fiscalité, l’alignement avec les objectifs stratégiques.
Le ROI n’est pas inutile, il est insuffisant. Le traiter comme la réponse définitive à la question « est-ce un bon investissement ? » revient à choisir un restaurant uniquement sur la note moyenne, sans lire un seul avis. La note existe, elle dit quelque chose, mais elle ne dit pas tout.

